Faire de la recherche, c'est produire un savoir nouveau ; mais ce savoir ne se construit jamais à partir de rien. Il s'élabore à partir de ce qui a déjà été pensé, écrit, mesuré, et il n'existe vraiment qu'une fois communiqué à autrui. Entre ces deux moments, la collecte de l'existant et la restitution du nouveau, se déploie tout le travail que je veux ici accompagner.
L'environnement dans lequel ce travail prend place a profondément changé. Trois forces le caractérisent aujourd'hui. La première est l'infobésité : jamais l'humanité n'a produit autant d'information, au point que la difficulté n'est plus d'en trouver, mais de trier. La deuxième est le libre accès : archives ouvertes, bases et revues ouvertes redessinent, en partie, la géographie inégale de l'accès au savoir. La troisième, la plus récente et la plus déstabilisante, est l'intelligence artificielle générative, qui produit désormais, à la demande, des textes d'apparence savante.
Face à ces forces, je défends une thèse simple et exigeante. L'IA générative est un amplificateur : elle décuple les capacités de qui sait déjà chercher, vérifier et écrire, et elle amplifie les failles de qui ne le sait pas, son illusion de savoir, ses biais, sa dépendance. La parade ne consiste pas à interdire l'outil, mais à former une culture informationnelle augmentée : la culture informationnelle classique, savoir reconnaître un besoin, localiser, évaluer et exploiter l'information, enrichie de la capacité à interroger une machine, à en connaître les limites, et surtout à vérifier, tracer et attribuer tout ce qu'elle produit.
Pour cela, je suis le mouvement naturel de la recherche, en trois temps. Je commence par comprendre : je pose les fondations, ce qu'est l'information scientifique, les ressorts sociaux et cognitifs de la recherche, et la nature exacte de l'IA générative. Je passe ensuite à chercher : j'expose une méthodologie de recherche documentaire augmentée, du besoin au sujet, des sources aux techniques de fouille, de la vérification à la veille. J'en viens enfin à restituer : j'aborde l'écriture et la communication scientifiques, la structure, les citations, le style, le plan IMRAD, l'intégrité et la diffusion.
Chacun de ces trois temps peut se lire indépendamment, mais tous répondent à la même question : comment, à l'ère générative, demeurer l'auteur de sa propre recherche ? Ma réponse les traverse tous, et tient en une formule que je reprendrai pour conclure :
C'est au chercheur d'augmenter la machine, et non l'inverse.
— Dr. Abdou Beukeu SOW